Dimanche 23 janvier 2012, nous avons profité de notre présence à Bohol pour visiter quelques anciennes églises de cette île où la présence espagnole, une des plus précoces de l'archipel, a eu le plus de temps pour s'épanouir.
Nous avons commencé notre périple par l'église de Jagna (prononcer HAGNA, sans mouiller le n), petite ville portuaire à environ une bonne heure de route, à l'est de Tagbilaran.
Comme toutes ces églises anciennes, il s'agit ici d'un édifice en tuf calcaire de corail, aux arcs en plein cintre et aux énormes contre-forts. Mais l'intérêt de cette visite réside surtout dans les remarquables peintures sur toiles en trompe-l'œil qui décorent le plafond, la coupole et le dessous du jubé. Ces œuvres, qui datent manifestement de la construction il y a environ trois siècles, ou d'une époque légèrement postérieure, sont restées presque miraculeusement en fort bon état, malgré le climat et le manque de fiabilité de la toiture. Ce qui ne signifie pas qu'une restauration serait du luxe, au vu des décollement des toiles au niveau de la rencontre entre plafond et murs.
Parmi les sujets représentés, on distingue notamment, au niveau de la coupole : les 4 évangélistes et les sept sacrements.
Petite anecdote : les ouvriers présents dans l'église lors de notre visite nous ont révélé que les dorures et argentures des autels, dont la couleur nous paraissait peu naturelle, ont été en fait restaurées au moyen de papier à cigarette collé et peint, ceci afin d'imiter le travail authentique à le feuille d'or et d'argent, impayable pour la communauté paroissiale.
Notre deuxième arrêt fut pour le couvent et l'église de Baclayon, consacrés à l'Immaculée Conception.
Première constatation : les toitures de l'ensemble des bâtiments viennent d'être refaites. Apparemment, il était grand temps, car tout les murs de l'intérieur de l'église et de la sacristie sont couverts de mousses vertes. Ce n'est qu'en 2010 que les derniers moines ont quitté l'ancien couvent pour s'installer dans un tout nouveau, juste à côté des anciens bâtiments. Dès lors, les restaurations ont pu être entamées.
Si l'ancienne église est toujours en fonction, elle présente un aspect beaucoup plus modeste et peu décoré que l'église de Jagna. Presque caché sur le jubé, tant il est peu mis en valeur, un orgue baroque construit en 1824, à tonalité moyenne, exemplaire unique de ce type dans le pays et aussi 3e le plus ancien des Philippines. Restauré en 2008 suite à près d'un demi-siècle de sommeil, il anime aujourd'hui à nouveau les offices. On admirera aussi la chair de vérité fort sobre, de style renaissance, et les autels typiquement baroques.
L'étage de l'ancien couvent a été transformé en musée accessible moyennant un modeste droit d'entrée de quelques pesos. Vous y serez conduit par une très aimable guide. A remarquer, la galerie en bois avec ces battants de fenêtre garnis de fines coquilles d'huitres (le verre étant rare à l'époque), qui donne accès à une petite galerie suspendue dans l'église. Celle-ci, munie d'une sorte de moucharabié, permettait aux personnes de hauts rangs d'assister à la messe sans se mélanger au commun des mortels.
Au demeurant, ce musée offre, dans une présentation fort triste et misérable, une multitude de vases sacrés et tabernacles en argent massif ou bois recouvert d'argent, statues, chasubles, registres paroissiaux, décoration d'église, etc. Le tout mériterait largement une restauration digne de ce nom et des conditions de conservation plus appropriées. Les photos sont interdites.
Notre troisième et dernière étape se situait sur la petite île voisine de Bohol appelée Panglao, plus précisément dans un village qui s'appelle Dauis (prononcez DAOUIS).
Cette curieuse église présente une façade et une décoration intérieure qui ne sont apparemment pas d'origine, en un mélange de style gothique et renaissance, alors que le reste du gros-oeuvre de l'église est de style roman. Ici aussi, le plafond est joliment peint en trompe-l'œil, mais avec moins de richesse et de faste que dans l'église de Jagna.
Mais ce qui fait surtout l'intérêt de cette église est un petit puits d'eau dite miraculeuse, situé juste dans l'axe du bâtiment, à hauteur du banc de communion. Ce puits est actuellement masqué par une vitre et entouré d'une petite barrière.
A l'origine, il s'agissait du seul point d'eau douce et potable où les habitants de l'île pouvaient s'approvisionner. Lorsque les missionnaires espagnols débarquèrent, ils le confisquèrent et construisirent leur église juste à cet endroit. A partir de ce moment, les indigènes ne pouvaient plus y accéder que pour autant qu'ils se convertissent et assistent à la messe. Rapidement, les espagnols attribuèrent des vertus miraculeuses à cette source. De nos jours encore, si vous vous rendez dans la sacristie, à l'arrière du chœur, vous pourrez vous procurer gratuitement (mais les dons volontaires sont toujours les bienvenus) de petites bouteilles de cette eau . Il paraît que des analyses ont été faites par des laboratoires scientifiques, garantissant à tout le moins la non toxicité du liquide.
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